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  • Philippe Denis

Dois-je cesser mes activités?



Je vais vous sortir un scoop : nous vivons dans une société de plus en plus sédentaire. La technologie occupant de plus en plus de place, les gens bougent de moins en moins. Les recommandations quant à la dose hebdomadaire d’activité physique sont bien connues et peu de gens se conforment à ces normes minimales. C’est dommage car si on veut agir à titre préventif, si tout le monde pratiquait une activité physique régulière et soutenue, les conséquences seraient non seulement bénéfiques pour les gens, mais également pour notre système de santé, qui coûte très cher, surtout en raison du fait que beaucoup d’argent est dépensé pour gérer des conditions médicales évitables.


Ah, la modernité…


Ce n’est pas notre faute. Du point de vue de l’évolution, nous cherchons toujours l’économie d’énergie. Alors quand on nous met un téléphone dans la main, une tablette dans l’autre et un abonnement à Netflix, il est très difficile de résister à la tentation de ne faire rien de constructif.


Personne ne remet en doute les bienfaits de l’activité physique, la saine alimentation et le fait de ne pas fumer (Ah oui…? La cigarette c’est dangereux…?). La bonne nouvelle est que dans nos sociétés modernes, il y a de fiers Gaulois qui, résistant à l’envahisseur (le divan), s’adonnent à fond dans un sport ou qui ont un travail physique. Pensez à tous ces gens qui travaillent dans la construction, ou bien debout toute la journée à transporter des caisses. Nous en connaissons tous. Parmi les sportif récréatifs ou compétitifs, pensez à toutes ces personnes qui vont au gym, développent une passion pour un sport ou ont envie de se dépasser.


Si la sédentarité est dévastatrice pour l’être humain, le sport, bien que bon pour la santé, ne vient pas sans certains risques. Pensons ici aux blessures et accidents auxquels nombre de personnes s’exposent dans le cadre de leurs activités.

Je dis ça parce qu’il est très courant que j’aie à m’occuper de sportifs de tous niveaux qui ont des blessures qui tardent à guérir ou bien qui reviennent sans cesse, sans que le patient ne sache quoi faire pour remédier au problème. Si c’est votre cas, je comprends vos inquiétudes car il n’y a rien de plus frustrant (à part perdre ses clés dans la neige), que de devoir cesser ses activités en raison de douleurs qui reviennent sans cesse.


Je crois que le pire est d’avoir mal, de consulter, pour finalement se faire recommander de cesser nos activités (Ce qui est difficilement compréhensible car la littérature recommande au contraire de demeurer actif). Il est démoralisant de devoir cesser de pratiquer un sport qui nous passionne, car avouons-le, l’activité physique est un peu comme une drogue. Et lorsque nous devons cesser, les sentiments associés ressemblent étrangement à un deuil, un sentiment d’impuissance, une légère déprime…

Imaginez lorsque vous faites un travail physique rémunéré et que vous vous faites dire la même chose. Il y a quelques temps, j’ai reçu une jeune coiffeuse dans mon bureau. Elle consultait pour des douleurs aux poignets (quelle surprise) et s’était fait recommander par des spécialistes de réorienter sa carrière.


Sauf qu’elle adorait son travail.


Sauf qu’elle ne pensait pas faire autre chose.


Sauf qu’elle avait 22 ans.


22 ans…C’est pas exactement l’âge de la retraite, et ce qui me fatiguait, c’est que personne ne semblait penser au fait qu’une jeune personne de 22 ans ne devrait pas avoir à cesser de travailler dans un domaine qui la passionne.


D’un autre côté, c’est lorsqu’on voit un senior nous dépasser à vélo, en montant, le vent dans la face, que l’âge n’est pas nécessairement un facteur de cessation d’activité. Le monde est rempli d’exemples de gens qui vivent sans douleur à tout âge…


Alors c’est quoi le problème avec une jeune de 22 ans. Ce n’est certainement pas l’âge…

Selon elle (et selon les spécialistes qu’elle a rencontrés), ses douleurs sont dues à son métier et aux gestes répétitifs qu’elle doit accomplir quotidiennement (manier les ciseaux, les brosses, les fers plats et texter entre deux clients). Pourtant, je connais un coiffeur près de l’âge de la retraite et je lui avais demandé à quel point son métier était difficile pour ses articulations…


Rien, aucune douleur, jamais.


Donc ce n’est surement pas que la coiffure.


Ou le fait de soulever des charges lourdes.


Ou peu importe en fait.


Je suis peut-être trop optimiste, mais je crois que le corps humain est conçu pour accomplir des tâches ardues et que nous sommes suffisamment bien conçus pour tenir la route et réaliser des exploits de force et d’endurance et répéter les mêmes gestes (condition essentielle à la maîtrise de quoi que ce soit). Donc la grande question est…Si la sédentarité est mauvaise pour nous, pourquoi devrions-nous soudainement cesser de bouger?


Ou question plus importante encore : Est-ce vraiment l’activité ou le métier pratiqué ou bien y a t-il une cause sous-jacente qui crée le problème de blessure?

Petite hypothèse ici : L’activité n’est pas la cause du problème, ce n’est que le déclencheur.


Personnellement, j’encourage les gens à demeurer actif le plus possible. Je leur dis de poursuivre leurs activités sportives et professionnelles, dans la mesure où ils respectent leurs symptômes. Conjointement à ça, je me propose d’analyser le problème afin de déterminer pourquoi la personne développe un problème d’épaule, de dos, de coude, de genou, etc.


Un exemple ici : beaucoup de gens souffrent de douleurs dans le bas du dos. Ces douleurs sont souvent déclenchées ou aggravées par la pratique d’une activité qui augmente les contraintes à ce niveau (disons soulever des boîtes à répétition). Il semble logique de penser que si la personne développe des douleurs lombaires, c’est sûrement en raison de son nouvel emploi à la SAQ…


Par contre, près de 75% de la population se présente avec un plan scapulaire antérieur par rapport à la verticale. Ce que ça veut dire, c’est que d’une vue de côté, les épaules sont « en avant » par rapport au bassin, au lieu d’être alignées avec celui-ci. Cette posture particulière force les muscles de la région lombaire à se contracter afin de maintenir le corps en équilibre. Ce que nous remarquons en clinique, c’est que plus l’antériorité est prononcée, plus les douleurs sont présentes. Souvent, la personne ne ressent pas de symptômes jusqu’à ce que son contexte change, que ce soit par la pratique d’un sport qui va solliciter cette région davantage, ou d’un emploi qui l’oblige à passer de nombreuses heures debout. Comme les symptômes désagréables coincident avec l’activité, on établit une relation de cause à effet entre le contexte et l’apparition des douleurs.


Sauf que si un plan scapulaire antérieur sollicite par défaut les muscles de la région lombaire, est-ce que ça serait une bonne idée de s’attaquer à ce problème, plutôt que de détruire les espoirs de ceux qui veulent vivre pleinement?


Car en bout de ligne, c’est de ça dont il s’agit. Idéalement, nous voulons faire autre chose que de contempler la vie en mangeant des Doritos au fromage bien assis dans notre salon (ironiquement, beaucoup de problèmes de douleur sont déclenchés par le fait de rester inactif, donc on ne s’en sort pas…). Mon objectif est de redonner aux gens le contrôle sur ce qu’ils veulent faire de leur vie, avec le moins d’entrave possible.


Dans mon exemple de plan scapulaire antérieur, il s’agit ici de modifier la posture d’un individu afin que les contraintes anormales disparaissent et que la région lombaire puisse s’exprimer correctement. C’est le but du travail en posturologie. Souvent, les gens se présentent en clinique avec des douleurs. L’ostéopathie les aidant, ils retournent chez eux et souvent les symptômes reviennent plus tard et nous revoilà à la case départ. Le but d’une reprogrammation posturale est de mettre fin à ce cycle.


Ma coiffeuse de 22 ans n’a pas cessé de travailler dans son domaine en passant. Elle continue les mêmes activités, mais étrangement sans douleurs cette fois…


Bonne semaine,

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