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  • Philippe Denis

L'humanité en mauvaise posture



Je crois qu’il est temps de remettre les pendules à l’heure. Depuis notre plus jeune âge, nous nous faisons plus ou moins constamment rappeler de soigner notre posture. Qui parmi vous ne s’est pas fait corriger par ses parents lorsqu’il s’agissait de faire attention à la façon dont vous vous teniez sur votre chaise? En fait, vous vous l’êtes fait probablement dire assez souvent pour qu’à votre tour, vous regardiez vos enfants avec de gros yeux lorsqu’ils consultent leur compte Instagram la tête penchée vers l’avant, les épaules enroulées et le dos bien arrondi par tout ce temps passé à lire un écran d’ordinateur, un téléphone, un livre…


Lorsque des patients se présentent à mon bureau d’ostéopathie et que nous avons des discussions par rapport à leur santé, la posture est une préoccupation assez courante et, bien que la plupart des gens se préoccupent de son importance, personne ne parvient à la corriger de façon certaine. Que l’on ait affaire à des enfants d’âge scolaire ou à des adultes travaillant de 9 à 5 dans un bureau, personne ne parvient à « se tenir droit » plus longtemps que le temps qu’ils passent à y penser consciemment (et encore moins confortablement).


Vous vous êtes reconnu?


Je vais prendre l’exemple de la position assise car c’est la position dans laquelle la majorité des personnes vivant en pays industrialisé adopte. Que se passe-t-il lorsque vous vous efforcez de vous tenir droit? Essayez-le pour voir et continuez de lire cet article après.


Si vous êtes comme la majorité des gens, vous avez contracté les muscles du haut du dos dans un effort de ramener les épaules vers l’arrière. Probablement aussi vous avez contracté la région lombaire afin de redresser le corps. Parfait. À présent, maintenez cette position le plus longtemps possible…


Deux choses peuvent se produire à ce moment : Soit vous avez une volonté de fer et une concentration qui ferait rougir un maître de yoga, dans ce cas vous ressentez la contrainte au niveau des muscles de votre dos et de votre cou. Tôt ou tard, vous devrez relâcher des muscles et trouver un positionnement plus confortable.


Le deuxième scénario possible est que si vous êtes en train de travailler ou de lire (ou de regarder des vidéos de chèvre sur Facebook), votre position s’est peu à peu relâchée et vous voilà à nouveau la tête vers l’avant et le dos rond.


LE PROBLÈME RÉEL


Vous savez, ce n’est pas de la faute de vos parents ni celle de vos professeurs (ou de la vôtre), mais en tentant de corriger votre posture, les gens ignorent deux faits très importants.


Premièrement, la posture, qui correspond au tonus de base de tout votre système musculaire, est un phénomène contrôlé par le système nerveux autonome. C’est exactement comme la digestion en fait. Votre cerveau conscient n’a pas le temps de se préoccuper de votre posture et s’affaire plutôt à des trucs plus importants, comme d’éviter de se faire frapper par une auto en traversant le boulevard ou réfléchir à une liste d’épicerie.


Deuxièmement, et ce fait est extrêmement important, l’exercice ne fait absolument rien en ce qui concerne l’amélioration de la posture. Je sais que je vais mettre beaucoup de gens en colère en disant ça, mais la vérité est que le contrôle de votre posture ne réside pas dans vos muscles, mais plutôt dans l’analyse d’informations sensorielles effectuées par les voies extrapyramidales du cerveau.


Kossé ça veut dire…?


LA LUTTE CONTRE LA GRAVITÉ


Lorsque nous nous tenons debout (ce qui nous différencie des autres espèces animales), nous devons activement lutter contre la gravité et tenir sans perdre l’équilibre. Afin que ce soit possible, le cerveau doit commander une série ininterrompue de micro contractions et relâchement afin de constamment corriger la position debout (ou assise). C’est pourquoi, même si nous nous tenons debout « sans bouger », nous ne sommes jamais parfaitement immobiles. Ce travail en coulisse du cerveau est absolument essentiel si nous voulons maintenir une position ou effectuer le moindre geste avec précision.


La gestion de la posture ne passe pas par ce que nous faisons avec nos muscles, que ce soit d’adopter certaines positions lorsque nous sommes assis, de renforcer ou d’étirer. La modification de la posture passe par les entrées sensorielles que le cerveau doit gérer afin de positionner chaque élément du squelette à la bonne place.


Essayons quelque chose. Levez-vous, collez vos pieds ensemble, croisez les bras sur les épaules et fermez les yeux. Vous devriez sentir de petites oscillations de votre corps que vous ne sentez pas normalement lorsque vos pieds sont à la largeur de vos épaules et que vos yeux sont ouverts. La réduction de la base de support (vos pieds) et l’absence d’information visuelle force d’autres systèmes à compenser afin de garder une position stable. En d’autres mots, vos yeux ont un bien plus grand rôle à jouer dans la posture que n’importe quel effort de volonté de vous « tenir droit ». (http://ada-posturologie.fr/EvaluationEntreeVisuelle.htm)


UN PEU DE NEUROLOGIE (PARDONNEZ-MOI)


Les parties du cerveau d’où émergent les voies posturales principales sont situées dans le bulbe rachidien. Le contrôle moteur volontaire (comme décider de fouiller dans votre poche pour prendre votre téléphone ou essayer de « se tenir droit », se trouvent dans le cortex frontal ou si vous voulez, une partie plus évoluée du cerveau humain, car c’est un centre important de prise de décision consciente. Bien que le cortex a besoin de recevoir les informations posturales du bulbe rachidien, le bulbe rachidien, lui, n’écoute pas le cortex frontal. C’est donc une communication à sens unique.


Dans la vie de tous les jours, ça veut dire que lorsque vous faites un effort de posture, vous le faites avec votre conscience, mais aussi en compétition avec l’information posturale inconsciente qui vient avec.


Je vous laisse deviner qui gagne.


Changer sa posture, c’est comme changer ses battements de cœur autrement dit.

Avez-vous déjà essayer de ne pas tousser quand il le faut vraiment, ou de ne pas éternuer?


LA POSTURE OU LA POSITION


Bien qu’il y ait une controverse en rapport avec l’importance de la posture sur la santé (plus sur le sujet dans un prochain article, autrement c’est trop long vous savez…), le problème actuel lorsqu’on veut aborder le problème, c’est que le terme posture n’est pas compris (en tout cas pas dans le sens où je l’aborde).


Ce que j’appelle la posture, c’est le tonus général du corps que le cerveau crée afin de pouvoir tenir debout avec le meilleur alignement des articulations et la meilleure symétrie du squelette possible (autrement dit, on force moins pour lutter contre la gravité, ce qui épargne nos muscles et nos articulations). L’état de ce tonus échappe à notre volonté.


Puis il y a ce que je vais appeler la position (ou le positionnement), tout ce que nous décidons de faire (Se lever, s’assoir, soulever la télécommande).

C’est confus chez les gens parce que les mots nous trompent. En yoga, on parle souvent de posture (s) alors que c’est plutôt le terme « position » qui devrait être utilisé. Pour ces raisons, lorsqu’il s’agit d’aborder la nature réelle du problème, nous y allons classiquement par des voies volontaires pour tenter de modifier sa posture, comme des efforts conscients, ou des techniques d’étirement ou de renforcement (comme en physiothérapie, par exemple).


Évidemment, je ne dis pas ceci pour remettre en question les bienfaits du yoga ou de la physiothérapie (ou toute approche sportive ou thérapeutique manuelle), l’activité physique est une composante essentielle d’une bonne santé musculaire et articulaire et les techniques manuelles sont très utiles pour traiter certaines conditions. Par contre, ce que ces approches ne font pas, c’est changer le tonus de base.


En posturologie, c’est précisément ce que nous faisons. Quand les patients entrent dans mon bureau de Longueuil, je tente aussi de voir leur problème de douleur sous un angle postural. Ce qu’il faudrait faire, dans un monde idéal, c’est de défaire les blocages manuellement par un ostéopathe, un chiropraticien ou autre modalité de votre choix, mais aussi recalibrer la posture par une stimulation des voies inconsciente. Sur mon site web, j’explique ce principe en détail.


VOTRE POSTURE VOUS CONTRÔLE.


C’est ce que je disais plus haut, lorsque j’affirmais que le cortex doit prendre ses informations dans le bulbe rachidien et non l’inverse.


Si je peux conclure de cette façon, ce qui est important de retenir est que toute intention de mouvement est précédée par une analyse de la position du corps par le cerveau (ça s’appelle la proprioception), dans tous les cas, c’est votre posture qui va déterminer comment vous aller bouger, donc vous ne pouvez pas faire le chemin inverse et contrôler par le mouvement conscient, le chef d’orchestre qui gouverne ces mêmes mouvements conscients…


Un exemple : levez-vous debout, regardez devant et tenez-vous sur un pied. Peut-être faites-vous de petits gestes afin de corriger votre positionnement, contrôlez-vous vraiment toutes ces petites contractions musculaires? Si vous êtes très stable dans cette position (aucun mouvement dans la cheville), fermez les yeux pour voir et vous m’en reparlerez (si vous êtes toujours stable, vous êtes un ninja).

Pour plus d’information sur l’approche en posturologie, n’hésitez pas à me les faire parvenir.


Bonne semaine,


Philippe Denis, D.O.


Sources :


https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/7888772


https://starfishtherapies.wordpress.com/2012/10/12/postural-control-how-the-systems-work-together/


https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/0959438894901376


https://books.google.ca/books?id=TexZZkfvwtoC&pg=PA31&lpg=PA31&dq=postural+system+definition&source=bl&ots=0wm0k8UTS-

&sig=me8AbXBpfOzKOUMjY7bCtsJru_A&hl=fr&sa=X&ved=2ahUKEwjp2PW5_ZLdAhVlu1kKHZMdAGkQ6AEwBnoECAQQAQ#v=onepage&q=postural%20system%20definition&f=false


https://www.researchgate.net/publication/291189505_Postural_Control


http://ada-posturologie.fr/L'_il_postural.pdf


https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC5288669/

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